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Boire beaucoup, on connaît… et boire souvent, est-ce que cela fait une différence ?
Le binge drinking (ou “biture express”) consiste à boire beaucoup d’alcool en peu de temps, jusqu’à être ivre. Quand on parle de binge drinking on pense souvent à la quantité d’alcool bue pendant une soirée.

Pourtant, de nouvelles recherches montrent qu’un autre facteur pourrait être encore plus important : la fréquence des épisodes de binge drinking. Autrement dit, boire peu souvent ou très souvent entraîne-t-il des effets importants, voir différents, sur le cerveau ? Dans ce cadre, des chercheurs ont étudié, chez le rat adolescent en plein développement, comment la fréquence de binge drinking agit sur le cerveau.
À l’adolescence, le cerveau continue de se construire. Certaines zones, comme l’hippocampe, jouent un rôle essentiel dans la mémoire et l’apprentissage et perfectionnent leur fonctionnement. Dans cette région, les neurones sont capables d’adapter leur niveau de communication en renforçant ou en inhibant l’efficacité de leurs synapses : c’est ce qu’on appelle la plasticité synaptique. C’est ce mécanisme qui permet d’apprendre une leçon ou de se souvenir d’un événement. Le cerveau adolescent a des connexions synaptiques qui changent constamment puisqu’il est en pleine évolution, en pleine maturation terminale (voir article Les phases critiques du développement cérébral).
Les neuroscientifiques savent que l’alcool peut perturber cette plasticité. Cependant ils voulaient savoir si la fréquence des épisodes de binge drinking pouvait changer la manière dont le cerveau réagit à ces prises d’alcool intenses.
Une découverte surprenante : deux rythmes de consommation et deux effets sur la plasticité synaptique
Les chercheurs ont comparé deux groupes de rats adolescents, un groupe exposé à l’alcool de manière rapprochée et fréquente et un autre exposé moins fréquemment :
Dans les deux cas, la quantité d’alcool a été la même afin de pouvoir comparer les groupes de rats, avec un taux d’alcool dans le sang de 2g/l (comparable à un coma éthylique chez l’être humain, mais les rats éliminent l’alcool 4 fois plus vite !). Ils ont donc isolé le facteur « fréquence du binge drinking » pour en connaître spécifiquement les effets.
Résultat : Quand les épisodes sont fréquents, la plasticité synaptique diminue fortement. Mais lorsque les épisodes sont moins fréquents, les chercheurs ont observé l’effet inverse : la plasticité synaptique augmente fortement. Cela montre que le cerveau répond spécifiquement à la fréquence des épisodes de binge drinking, c.a.d. au rythme des consommations. Or, quand la plasticité est perturbée (soit trop forte, soit trop faible), la mémoire et les apprentissages sont moins efficaces.
Des effets temporaires… mais pas forcément sans conséquences

Les perturbations observées étaient particulièrement fortes 3 jours après la dernière alcoolisation. Puis, progressivement, le cerveau a retrouvé un fonctionnement qui s’approchait de la normale. Cependant, même temporaires, ces perturbations pourraient avoir des conséquences durables parce que des perturbations répétées pendant l’adolescence pourraient s’inscrire définitivement dans le mode de fonctionnement de l’hippocampe (et du cerveau en général). Ceci pourrait expliquer pourquoi, arrivées à l’âge adulte, les personnes qui ont pratiqué le binge drinking pendant l’adolescence présentent des déficits de mémoire et d’apprentissage (Études longitudinales auprès de sujets ayant pratiqué le binge drinking durant l’adolescence).
C’est un peu comme un chantier interrompu plusieurs fois : même si les travaux reprennent ensuite, le résultat final peut être différent de ce qui avait été prévu au départ.
Le cerveau fonctionne grâce à un équilibre très précis entre des signaux qui stimulent l’activité des neurones et des signaux qui freinent cette activité.
Les chercheurs ont découvert que les consommations de type Binge Drinking peu fréquentes réduisent certains mécanismes « freins » des neurones, ce qui peut rendre le cerveau plus activable, voire trop activable par rapport à la normale. À l’inverse, les expositions très fréquentes perturbent des mécanismes nécessaires à la communication entre cellules, diminuant l’efficacité des communications entre neurones ; il serait alors moins activable. Selon la fréquence du binge drinking, l’alcool ne dérègle pas le cerveau de la même façon. Toutefois, dans les deux cas, les connexions importantes pour la mémoire fonctionnent de manière anormale.

De plus, les chercheurs montrent que quelque que soit la fréquence des alcoolisations, le cerveau est en état inflammatoire, ce qui signe un état d’agression et de souffrance du tissu cérébral. Cette inflammation cérébrale participe aussi aux troubles de la mémoire et de l’apprentissage dus à l’alcool.
Cette étude change notre façon de voir le binge drinking : ce n’est pas seulement le fait de consommer de l’alcool en quantité importante qui compte, c’est aussi la fréquence des alcoolisations qui joue un rôle majeur dans les effets sur le cerveau. Même si les perturbations semblent réversibles, elles surviennent pendant une période très sensible du développement cérébral.
Un exemple simple : deux personnes boivent 16 verres d’alcool sur un mois. Qu’importe si l’une consomme 4 verres d’alcool sur 4 jours la première semaine ou l’autre uniquement 4 verres en soirée les weekends, car dans les deux cas, l’hippocampe sera durablement affecté. Ces recherches participent à mieux comprendre pourquoi et comment les consommations répétées à l’adolescence augmentent les risques de troubles de la mémoire, les difficultés scolaires ou la dépendance à l’alcool observée plus tard à l’âge adulte.
BONUS VIDEO – Les mécanismes du binge drinking
sur MAAD DIGITAL
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