Si la consommation de cocaïne peut stimuler les interactions avec les autres, les recherches scientifiques montrent qu’elle a un effet négatif sur ces interactions au long terme.

La consommation de stimulants comme la cocaïne a souvent pour but, du moins initialement, d’accroître le désir et la capacité d’avoir des interactions sociales. On observe, par exemple en milieu festif, que la consommation de substances psychoactives peut aider à se désinhiber pour entrer en relation avec les autres, construire des relations, ou même draguer comme expliqué dans la vidéo Interview spéciale fêtes et substances psychoactives.

Cependant, des études ont montré que la consommation régulière de cocaïne peut également avoir un impact négatif sur la cognition sociale. La cognition sociale désigne l’ensemble des processus cognitifs impliqués dans les interactions sociales : la perception de soi-même et de l’autre, la mémorisation, le raisonnement, les émotions…

Un des outils des interactions sociales est le regard. Il permet de voir, de percevoir et de se représenter l’environnement, en particulier soi-même et les autres individus. Ces mouvements de regards sont particulièrement visibles dans le contexte de la rencontre amoureuse. Le regard est utilisé pour attirer l’attention des autres, élément central des interactions sociales. L’attention d’une autre personne est attirée, et dite conjointe, lorsque celle-ci suit le regard de celle cherchant à attirer l’attention, les deux fixant alors le même objet. En effet, il est considéré que l’attention conjointe signifie que la personne suiveuse comprend le point de vue de la première.

Etude du regard chez les consommateurs réguliers de cocaïne

Des chercheurs ont analysé l’efficacité du regard comme outil d’interaction sociale chez 80 consommateurs réguliers de cocaïne abstinents depuis au moins 3 jours, et chez 63 sujets témoins non-consommateurs.

Le protocole comprenait : 

  • des tests interactifs aboutissant à l’attention conjointe, considérée comme un succès, ou non conjointe, considérée comme un échec ; 
  • une imagerie cérébrale fonctionnelle ; 
  • une mesure de la dilatation pupillaire. La variation de taille de la pupille est en effet un marqueur physiologique d’émotion. 

La distinction entre succès et échec était significativement moins marquée chez les usagers de cocaïne que chez les témoins. En effet, la variation de taille de la pupille était moindre, tout comme l’activation des zones ciblées par l’imagerie dont le cortex orbito-frontal, le striatum et l’hippocampe.

Anatomie du cerveau - vue  3/4 face

Les chercheurs en ont conclu que chez les personnes souffrant d’une dépendance à la cocaïne, les interactions sociales partagées produisent une récompense réduite par rapport aux non-consommateurs, ce qui pourrait engendrer un désintérêt d’aller vers les autres.

Etude du réseau social des consommateurs de cocaïne

La même équipe de recherche a montré dans une étude incluant 100 consommateurs de cocaïne et 68 sujets témoins que la taille du réseau social des consommateurs de cocaïne était plus petite que celle des témoins, et que cette diminution allait en s’aggravant avec la durée de consommation de cocaïne.
Ainsi, lorsqu’elle est consommée une seule fois, la cocaïne a des propriétés stimulantes intenses sur le cerveau. Elles s’atténuent à distance de la prise, ce qui favorise l’envie de consommer à nouveau.

La consommation régulière de cocaïne entraîne des modifications cérébrales négatives, et réduit le mécanisme de récompense associé à la réalisation d’interactions sociales, ce qui altère la capacité à maintenir un entourage social.

Une infographie pour en savoir plus : Les stimulants et la cognition sociale