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Données scientifiques sur une molécule qui reproduit les effets psychoactifs du tabac dans les e-cigarettes et les sachets de SNUS
Selon les données de l’OMS, plus de 7 millions d’individus dans le monde décèdent chaque année à cause du tabac, et 1,3 millions en raison d’un tabagisme passif. Devant cette catastrophe sanitaire, les Etats membres de l’OMS ont adopté la Convention-cadre pour la lutte antitabac en 2003, l’objectif étant de créer un monde sans tabac.
L’industrie du tabac est un acteur économique de poids, le revenu de la vente de tabac était en France de 19,4 milliards d’euros en 2019 (OFDT). Prévoyant que ces revenus allaient baisser, les industriels cherchent à développer des produits sans tabac, qui procureraient néanmoins les mêmes sensations. Comme la substance principalement responsable des effets psychoactifs du tabac est la nicotine, la stratégie industrielle consiste à créer des analogues de la nicotine, des molécules similaires, qui échapperaient à la réglementation, voire à l’interdiction de vente. La métatine est une de ces substances.
La synthèse de la métatine, ou 6 Méthyl-Nicotine, est le fruit d’un programme de recherche mené au début des années 1960 par des chercheurs suédois. Leur objectif était de synthétiser des analogues de la nicotine pour mieux comprendre la relation entre la structure de la molécule et son action pharmacologique. Ce programme avait été financé par Svenska Tobaks AB, qui était à cette époque l’entreprise publique suédoise du tabac.


La métatine, tout comme la nicotine, se lie aux récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine (nAChR) (voir la 4e partie du dossier Neurotransmetteurs et substances psychoactives 4 : Acétylcholine).
L’affinité, c’est-à-dire la tendance à se lier de la métatine au récepteur de l’acétylcholine, est l’objet de débat. Chez le rat, elle est environ 3 fois supérieure à celle de la nicotine, mais ce résultat n’a pas été retrouvé chez la souris.
Par contre, chez ces 2 animaux, les études testant l’effet in vivo (sur des êtres vivants) de la métatine ont montré que cette molécule était au moins 2 à 5 fois plus puissante que la nicotine. Par exemple, parmi les tests habituels sur la nicotine, des travaux ont montré que la dose nécessaire pour générer un état de prostration (état d’abattement extrême se manifestant par une absence de réaction aux sollicitations extérieures) chez les rats était 1,5 et 3 fois inférieure à celle de la nicotine. Chez le cochon d’inde, l’effet stimulant de la métatine sur l’intestin était 25% supérieur à celui de la nicotine.
Un travail récent a montré que la toxicité de la métatine sur les cellules bronchiques humaines était significativement supérieure à celle de la nicotine. Par contre, la métatine activerait moins que la nicotine les protéines impliquées dans la survenue du cancer bronchique.
Les travaux des années 1960 des chercheurs suédois ont été mis en sommeil, mais la réglementation de la commercialisation du tabac s’est beaucoup durcie depuis. Des alternatives à la cigarette, permettant de réduire les goudrons et autres cancérogènes contenus dans le tabac, ont été développées, comme la cigarette électronique (voir article La e-cigarette en pleine controverse) ou les sachets de tabac, ces derniers étant interdits de commercialisation dans l’Union européenne depuis 1992 sauf en Suède (voir article Sucer du tabac pour arrêter de fumer ?).
En 2022, les Etats-Unis ont donné un tour de vis supplémentaire à leur réglementation puisque tous les produits du tabac, y compris les e-cigarettes, contenant toute forme de nicotine, qu’elle soit naturelle ou synthétique, ne peuvent être vendus que si leur commercialisation répond aux normes de santé publique définies par la Food and Drug Administration, dont l’équivalent en France est l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé.
Certains fabricants de tabac ont profité du flou autour de la définition de la nicotine pour contourner cette réglementation. Ainsi, en octobre 2023, sont apparues aux Etats-Unis des cigarettes électroniques présentées « sans nicotine » mais dont les liquides contenaient 5% de métatine. Au début de l’année 2024, des sachets étiquetés « sans tabac et sans nicotine », mais ne mentionnant pas la présence de métatine, sont devenus disponibles en Europe.
Un travail récent a mesuré la quantité totale de métatine sur 9 échantillons achetés dans le commerce : elle allait de 4 à 20 mg, soit des valeurs semblables à celles de la nicotine présente dans les sachets de SNUS.
La métatine est une molécule dont les effets mesurés en laboratoire suggèrent une certaine dangerosité.
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