De la première consommation à la sensation de manque, voici comment l’addiction à des substances psychoactives comme le tabac, l’alcool ou le cannabis, et certains comportements comme les jeux d’argent perturbent le fonctionnement du cerveau… 3e partie : la perte de contrôle et le sevrage

1ere partie du dossier sur la prise de décision : Les mécanismes de l’addiction – 1/3
2e partie du dossier sur la dérive progressive vers l’addiction : Les mécanismes de l’addiction – 2/3

La compulsion

Compulsion

La compulsion est une manifestation caractéristique des troubles obsessionnels compulsifs, qui se manifeste par des « tics », gestes répétitifs incontrôlés et rigides. Le syndrome de Tourette (survenue fréquente et inattendue de tics moteurs et vocaux) ou la trichotillomanie (arrachage des poils ou de cheveux) en sont des exemples. Mais la compulsion est aussi présente dans les addictions aux produits ou à des comportements ainsi que dans les troubles du comportement alimentaire comme l’anorexie et la boulimie.

Le déclenchement de la compulsion est en général dû à une sensation de tension ou d’anxiété.

Des travaux récents ont étudié la survenue des comportements compulsifs envers l’alcool chez des rats de laboratoire en utilisant la méthode la polydipsie induite : cette méthode consiste à réduire l’accès des animaux à la nourriture, ce qui génère un stress. Les rats apprennent à diminuer leur stress en développant des stratégies comportementales comme la polydipsie, c’est-à-dire qu’ils se mettent à boire intensément alors qu’ils n’en ont pas besoin sur le plan biologique.
Soixante rats ont ainsi été étudiés, la boisson proposée pour compenser le stress étant de l’eau en premier lieu. Une partie des rats (n =10) a développé une polydipsie importante en consommant 15 ml d’eau par heure alors que 11 autres n’ont consommé que 1,7 ml/h, les rats restants ayant en consommation intermédiaire.
Ce résultat confirme la variabilité de la réponse individuelle au stress, tout comme cela est constaté chez les êtres humains.
Dans une deuxième phase de l’expérience, la boisson proposée n’était plus de l’eau mais de l’alcool. Les rats initialement polydipsiques à l’eau le restaient et consommaient beaucoup d’alcool. Par contre environ 60% des rats qui consommaient initialement peu d’eau devenaient polydipsiques à l’alcool et en consommaient autant que les rats initialement polydipsiques à l’eau. De plus, ces rats qui développaient une polydipsie seulement avec de l’alcool continuaient à boire même si l’alcool était rendu mauvais : ils persistaient dans leur consommation malgré des conséquences néfastes : ils étaient compulsifs.
Ce résultat confirme que certains individus n’arrivent pas à gérer le stress avec des stratégies dites adaptées et ont besoin de produits dont la consommation répétée peut conduire à la perte progressive du contrôle.

Rien n’empêche de penser que toute situation potentiellement addictive générant des stress ou des émotions intenses, que ce soit la prise d’un produit ou une conduite (jeu ou autre), ne puisse ainsi déstabiliser une personne a priori solide et conduire à l’addiction et la compulsivité. Cela reste toutefois à démontrer.

Sortir de l’addiction

Sortir de l'addiction

Peut-on revenir en arrière ? Reconstruire les circuits du cerveau qu’on a modifiés ? La réversibilité des modifications des circuits neurobiologiques provoquées par les produits psychoactifs est mal connue. Il apparaît toutefois que plus la durée et la fréquence d’exposition seront élevées, plus les perturbations seront sévères et durables. Ces modifications des circuits, qu’elles soient réversibles ou non, ne signifient pas pour autant qu’aucun retour en arrière n’est possible. Nombre de personnes arrêtent définitivement de fumer, de boire de l’alcool, de fumer du cannabis etc… et continuent de vivre, le plus souvent mieux qu’avant. Le sevrage, c’est à dire l’abandon du produit et de tout ce qui va avec, est une étape qui peut être longue et douloureuse. Le retour à une consommation occasionnelle ou récréationnelle n’est pas garanti car les perturbations antérieures des circuits peuvent se réactiver et entraîner la réinstallation de l’addiction.

Une chose est sûre : il est très difficile de sortir de l’addiction par la force de sa seule détermination. Il est donc très important de ne pas hésiter à demander de l’aide.

Pour en savoir plus sur la sortie de l’addiction, vous pouvez lire l’article Addictions : sevrage mode d’emploi