Les effets du cannabis sur le sommeil

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Les effets du cannabis sur le sommeil

Décryptage

Comment dorment les consommateurs de cannabis ? Voici le résultat des études et des recherches en neurosciences pour comprendre l’impact du THC sur le sommeil... 

Publié le: 
03/05/2018
Ce que disent les études

Les premières publications médicales décrivant les propriétés hypnotiques du cannabis datent de la seconde partie du 19ème siècle. Toutefois, encore aujourd’hui, l’influence de la consommation de cannabis sur le sommeil est compliquée à étudier. En effet le cannabis étant un stupéfiant dont l’usage est largement interdit et réprimé, l’analyse du sommeil après administration volontaire de cannabis à des non-consommateurs est éthiquement prohibée. Les études d’enregistrement du sommeil disponibles ont donc été menées chez des fumeurs réguliers dont on ne connaît pas le rythme et la qualité de sommeil avant qu’ils ne deviennent fumeurs, et elles portent sur les conséquences de l’administration d’une dose calibrée de cannabis ou sur celles de l’arrêt du cannabis. Certains auteurs ont comparé le sommeil d’usagers de cannabis à celui de témoins non-consommateurs mais ces résultats doivent être lus avec la plus grande prudence dans la mesure où le sommeil est influencé par de très nombreux paramètres intrinsèques et environnementaux ; aussi il est extrêmement difficile de constituer un groupe de témoins dont le mode de vie ressemble au plus près à celui des consommateurs de cannabis. Enfin dans certaines études le THC était administré pur par voie orale alors que dans d’autres les participants fumaient d’authentiques joints. Or on sait que le cannabis contient d’autres molécules que le THC, comme le cannabidiol par exemple, dont la présence pourrait interférer avec les effets propres du THC (voir l’article Cannabis et Bad Trip).

La synthèse des données publiées dans la littérature médicale conclut que la consommation de faibles doses de cannabis (environ 15 mg de THC) produit un effet sédatif : il se manifeste par un raccourcissement du temps à s’endormir et du temps de sommeil paradoxal (celui où on rêve) associé à une augmentation du temps de sommeil profond et du temps total de sommeil. En clair on s’endort plus vite, on dort plus longtemps et plus profondément, par contre on a moins de temps pour rêver. 
A plus forte dose, la durée d’endormissement est rallongée, celles de sommeil profond et de sommeil paradoxal sont raccourcies engendrant une réduction du temps total de sommeil. Dès lors que la consommation devient régulière, la tolérance s’installe, la durée d’endormissement revient progressivement à la normale mais les autres anomalies persistent. 

Une consommation régulière de cannabis entraîne une réduction du temps de sommeil.

Au moment du sevrage

Lors du sevrage, les plaintes relatives aux troubles du sommeil sont extrêmement fréquentes, rapportées par 30 à 75% des sujets selon les groupes étudiés qui concernent tous des usagers chroniques. Les troubles surviennent rapidement, souvent même dès la première nuit, s’aggravent au cours de la première semaine, s’amoindrissent ensuite mais peuvent durer jusqu’à 6 semaines. 
Un travail expérimental mené en 2011 a permis de mieux préciser l’impact du sevrage de cannabis sur le sommeil. Le protocole auquel vingt adultes usagers multi-quotidien de cannabis participaient était le suivant : 3 jours de fumette à volonté (des joints contenant 24 mg de THC) suivis par 3 jours d’abstinence stricte. Un enregistrement du sommeil était réalisé la première nuit et pendant les 3 nuits d’abstinence. Les résultats ont montré que le sevrage, par rapport à la période de consommation, entraînait un allongement du temps d’endormissement, une réduction de la durée de sommeil profond et de la durée totale de sommeil. Par contre la proportion de sommeil paradoxal était augmentée, constat qu’il faut rapprocher de la survenue fréquente de rêves bizarres, hallucinatoires, pendant les premiers jours de sevrage. 

Les troubles du sommeil à l’arrêt du cannabis peuvent être un motif de reprise de la consommation aussi faut-il s’en préoccuper, et même les anticiper, lors du sevrage.

Au niveau des neurones

Le mécanisme précis des effets hypnotiques du cannabis n’est pas encore élucidé, même si c’est grâce à lui qu’on a découvert le système endocannabinoïde sur lequel il agit (voir article Quand la recherche sur le cannabis fait progresser les neurosciences). Ce système comporte les récepteurs CB1 et CB2 ainsi que les molécules qui s’y lient, l’anandamide et le 2 acyl-glycerol. C’est un régulateur de la transmission des neurotransmetteurs, il a pour fonction de réduire leur libération au niveau des synapses. 

Action des endocannabinoïdes sur les synapses

L’anandamide et le 2 acyl-glycerol sont synthétisés à la demande par les neurones et ont une demi-vie courte. Il est désormais établi par de nombreux travaux que ce système module le cycle du sommeil.   C’est probablement l’anandamide qui est l’acteur responsable de la régulation du sommeil puisque l’administration de médicaments qui empêchent sa dégradation entraîne une augmentation du sommeil profond. Par contre lorsqu’on bloque le fonctionnement des récepteurs CB1 chez l’animal, on augmente l’insomnie et on réduit le temps de sommeil profond. Et c’est probablement ce qui se passe avec le THC dont la concentration élevée au niveau des récepteurs CB1 et la lenteur d’élimination viennent perturber le fonctionnement de l’ensemble du système.

Auteur(s): 
Bertrand

Nalpas

MD, PhD, Directeur de recherches - Inserm

MD, PhD
Directeur de recherches
Chargé de mission Addiction
Département Information Scientifique et Communication de l'Inserm

Tiphaine

Roland

Etudiante à l'Ecole Estienne

Tiphaine a 21 ans et est étudiante en DSAA Design d'Illustration Scientifique à l'Ecole Estienne à Paris.

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