Les recherches montrent que la consommation de boissons alcoolisées contribue et, dans certains cas, est la cause du cancer du sein.

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez les femmes, largement devant celui du côlon et celui du poumon. C’est le cancer le plus fréquemment diagnostiqué dans le monde, avec plus de 2,3 millions de cas en 2020, et 685 000 décès selon les données de l’Agence Internationale de Recherche contre le Cancer.
En France métropolitaine 61 214 nouveaux cas de cancer du sein ont été répertoriés en 2023 chez les femmes, soit 1/3 des cas de cancers, et 12 600 décès en 2021.

Facteurs de risque

De nombreux facteurs de risque de survenue du cancer du sein ont été identifiés. Les principaux facteurs individuels sont :

  • l’âge supérieur à 50 ans,
  • l’existence d’antécédents familiaux de cancer du sein,
  • la durée d’exposition aux hormones naturelles, c’est-à-dire la durée entre la puberté et la ménopause,
  • la durée de prise de pilule oestroprogestative.

A ces facteurs individuels s’ajoutent des facteurs comportementaux que sont le surpoids (IMC > 35) et la consommation d’alcool.

De très nombreux travaux menés de par le monde ont montré qu’environ 15% des cancers du sein étaient attribuables à la consommation d’alcool.

Examinons par quels mécanismes l’alcool intervient dans ce cancer.

Alcool cancérogène

L’alcool est un cancérogène (synonyme : cancérigène ou carcinogène), c’est-à-dire une substance reconnue pour favoriser la survenue, provoquer ou aggraver un cancer. Outre celui du sein, l’alcool est associé à la survenue de nombreux cancers, particulièrement ceux des voies aéro-digestives supérieures (= pharynx, larynx), de l’œsophage, du foie et du côlon.
L’alcool contenu dans les boissons est l’éthanol (voir article Alcools : pourquoi il ne faut pas boire d’alcool ménager !). Son pouvoir cancérigène provient des produits de son métabolisme et non de la molécule elle-même.

Métabolisme de l'alcool

En effet l’éthanol est transformé en acétaldéhyde par plusieurs systèmes enzymatiques. Le métabolisme de l’éthanol a lieu principalement dans le foie (voir infographie Que devient l’alcool dans l’organisme ?) mais aussi dans d’autres organes et notamment dans les seins, quoique en faible partie.

Mécanismes cancérogènes

L’acétaldéhyde est une molécule cancérogène. Elle peut se lier d’une part à l’ADN cellulaire et bloquer sa synthèse (voir article L’alcool est génotoxique). Elle peut aussi se lier à de nombreuses protéines qui protègent les cellules contre le stress oxydatif (= excès de radicaux toxiques auxquels les cellules sont confrontées en permanence) qui est responsable de l’inflammation . Donc l’acétaldéhyde, outre sa toxicité propre, entrave le fonctionnement des systèmes de protection des cellules, ce qui amplifie le risque de cancer. Les radicaux toxiques sont aussi produits en quantité directement au cours du métabolisme de l’éthanol.
L’acétaldéhyde est transformé rapidement en acétate ce qui minimise les dégâts qu’elle peut provoquer. Toutefois l’équilibre est fragile et le système peut être rapidement débordé pour plusieurs raisons. D’une part, l’enzyme responsable de la transformation de l’acétaldéhyde est sujet à des variations génétiques qui modifient sa capacité de fonctionnement. D’autre part l’enzyme peut être mobilisée pour transformer d’autres molécules que l’acétaldéhyde, d’où un ralentissement de sa dégradation. Enfin et surtout, la production d’acétaldéhyde peut être plus élevée en raison d’une consommation excessive d’alcool.

Aggravation du cancer du sein

Aux mécanismes généraux décrits ci-dessus s’ajoute un facteur supplémentaire spécifique au cancer du sein. En effet, la consommation d’alcool augmente les taux d’œstrogènes circulant dans le sang. Lorsque les cellules cancéreuses présentent des récepteurs aux oestrogènes (tumeur ER+) à leur surface, ce qui est le cas dans 20% des cancers du sein survenant avant la ménopause, ceux-ci sont sur-stimulés, ce qui conduit à une prolifération accrue des cellules tumorales.
Néanmoins de nombreuses études ont montré que l’absence de récepteurs aux oestrogènes (tumeur ER-) n’enlève pas les effets cancérogènes de l’alcool.

Le risque est fonction de la dose

Aucune donnée disponible ne permet de conclure que le risque est fonction du type de boissons alcoolisées, le facteur responsable est l’éthanol, molécule identique dans toutes les boissons.
Par contre, le risque est fonction de la quantité consommée. Une grande étude épidémiologique publiée en 2015 a suivi, pendant 11 ans en moyenne, 334 850 femmes, âgées de 35 à 70 ans, et recrutées dans dix pays européens. La consommation d’alcool et les habitudes nutritionnelles étaient relevées par questionnaire. 16% des femmes buvaient plus de 15 g d’alcool pur par jour, soit un verre « standard » et demi.
Durant le suivi 11576 cancers du sein ont été diagnostiqués.

Surrisque de cancer du sein en fonction de la consommation d'alcool
En prenant comme référence une consommation moyenne de 0 à 5 g/jour, c’est-à-dire inférieure ou égale à un demi-verre standard, le risque de survenue de cancer augmentait de 6% pour une consommation de 5 à 15g/j, 12% pour 15-30 g/j (1,5 à 3 verres) et 25% pour plus de 30g/j (>3 verres).

En bref, chaque augmentation de 10 g/jour d’alcool (=1 verre standard) accroissait le risque de 4,2 %.

Enfin, cette étude montrait que le risque de cancer était plus élevé lorsque la consommation d’alcool avait débuté avant la première grossesse.
Quant aux oestrogènes circulants, plusieurs travaux ont montré que l’alcool élève leur concentration dès une consommation de 1,5 à 3 verres/jour.

Au total, l’alcool est un facteur de risque de survenue de cancer du sein et d’autres cancers. Ne pas consommer d’alcool du tout ne peut pas empêcher le développement d’un cancer mais, à l’inverse, une consommation excessive d’alcool favorise sa survenue et aggrave son évolution.