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Des études récentes ont montré que des traitements contre l’obésité avaient aussi un effet contre l’addiction à certaines substances psychoactives : une nouvelle piste thérapeutique ?
Le sémaglutide est une molécule comparable à une hormone qui joue un rôle crucial dans la régulation du taux de glucose (=sucre simple) dans le sang : le « peptide-1 de type glucagon ». Sa fonction principale est de stimuler la sécrétion d’insuline, ce qui contribue à réduire la glycémie. Initialement indiquées pour traiter le diabète, les molécules comparables à cette hormone ont vu leur utilisation thérapeutique élargie par la mise en évidence de leurs capacités à supprimer momentanément la faim (= propriétés anorexigènes). Maintenant indiquées pour le traitement de l’obésité, de nombreux patients en bénéficiant ont rapporté une réduction de leur consommation d’alcool. Ces constats ont déclenché des recherches sur le potentiel impact thérapeutique de ces molécules sur les addictions aux drogues.
Le peptide-1 de type glucagon est produit en grande partie dans l’intestin grêle, mais aussi dans le cerveau. Il agit en se fixant sur un récepteur particulier : le GLP-1R.
Ce récepteur est abondamment distribué dans tout le cerveau, entre autres dans l’hypothalamus, l’amygdale, l’hippocampe, le thalamus ainsi que dans le système de récompense, comme l’aire tegmentale ventrale, la substance noire et le noyau accumbens.

Le récepteur du GLP-1R est couplé à une protéine, dite protéine G (voir article Neurotransmetteurs et substances psychoactives 1).

Les agonistes du GLP-1R, comme le sémaglutide, peuvent, en se fixant sur le récepteur GLP-1R, avoir un impact sur la libération de dopamine dans le noyau accumbens, modulant ainsi les effets de récompense.
De fait, des travaux sur des modèles animaux ont montré que les perfusions directes d’agonistes des récepteurs du GLP-1 dans l’aire tegmentale ventrale ou le noyau accumbens réduisaient la consommation d’aliments palatables, c’est-à-dire agréables au goût, savoureux et gratifiants. De plus, certains de ces travaux ont identifié qu’en fonction de la dose injectée, la réduction portait uniquement sur les aliments palatables et non sur les autres. Ces résultats suggèrent que l’activation des récepteurs du GLP-1 dans le système de récompense réduirait la sécrétion de dopamine et modulerait sélectivement la valeur de plaisir associé à la nourriture et non l’alimentation qui permet au corps de maintenir son équilibre.
Les travaux menés sont assez nombreux. Plusieurs études ont montré que l’administration d’exénatide, un analogue du GLP-1 comparable au sémaglutide, réduisait l’effet renforçant de la cocaïne et l’agitation motrice qu’elle provoquait. Également, l’administration après sevrage a nettement atténué le rétablissement du comportement de recherche de drogue. Ce dernier était provoqué par une injection d’amorçage de cocaïne et par la réexposition à des indices précédemment associés à la prise de cocaïne. D’autres travaux portant sur des rats ou des souris ont montré une réduction de la consommation de nicotine ou d’amphétamines.
Concernant l’alcool, les résultats s’accordent sur une diminution de la préférence, les animaux sont moins attirés par l’alcool, ainsi qu’une réduction modérée de la consommation qui, dans certaines études, était associée à celle de la nourriture. La durée de l’effet est incertaine. Par exemple, dans une étude menée en 2020 portant sur 12 rats, le sémaglutide a fortement réduit la consommation d’éthanol qui est passée de 4 à 0,8 g/kg par jour mais ces effets n’ont pas duré plus de 48 heures.
On dispose actuellement de peu de données.
Trois études récentes ont analysé les messages publiés sur les médias sociaux par des personnes prenant des agonistes du GLP-1R pour le diabète et/ou l’obésité et ont montré que le traitement par le sémaglutide était associé à une réduction de l’envie et de la consommation d’alcool.
Un essai clinique contrôlé, publié en 2022, a porté sur 127 patients ayant un trouble d’usage de l’alcool. La moitié ont reçu de l’exénatide et l’autre un placebo une fois par semaine pendant 26 semaines. Les résultats n’ont pas montré de bénéfice de l’exénatide sur la réduction d’alcool, hormis chez les 30 patients qui souffraient également d’obésité. Les effets secondaires de l’exénatide étaient fréquents, des nausées dans 37% des cas et des vomissements dans 22%.
Dans un essai publié en 2021 portant sur 94 patients fumeurs soit diabétiques soit obèses, la probabilité de devenir abstinent de tabac était multipliée par 1,7 chez ceux ayant reçu de l’exénatide par rapport au placebo, le traitement ayant duré 6 semaines. De plus l’exénatide a réduit l’état de manque à la fin du traitement et la prise de poids post sevrage était inférieure de 2,5 kg. Des effets indésirables ont été signalés chez 9,5 % et 2,3 % des participants dans les groupes exénatide et placebo, respectivement.
Un autre essai datant de 2023 et portant sur 255 patients fumeurs a conclu que le diraglutide, un autre analogue du GLP-1, n’avait pas d’effet sur la consommation de tabac mais réduisait la prise de poids après l’arrêt.
Une étude pilote publiée en 2021 a testé les effets d’une dose unique d’exénatide sur l’auto-administration de cocaïne, l’euphorie autodéclarée et l’envie de cocaïne chez 13 personnes souffrant de trouble d’usage de la cocaïne. Aucun effet significatif de l’exénatide, par rapport au placebo, n’a été constaté.
Au total, bien que certains résultats soient encourageants chez les personnes souffrant d’obésité, on ne dispose pas de données solides permettant d’envisager aujourd’hui l’utilisation des analogues du GLP-1 comme aide au sevrage des substances psychoactives chez les personnes qui ne sont pas en surpoids.
sur MAAD DIGITAL
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