L'alcool, un atout séduction ?

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L'alcool, un atout séduction ?

En bref

Des chercheurs en psychologie ont mené des études sur l’impact social de l’alcool et en particulier son rôle dans l’attirance pour l’autre...

Publié le: 
25/05/2018

Le contact avec les autres, l’établissement de relations amicales ou amoureuses sont des pivots de l’existence des êtres humains. La mise en place de ces relations repose principalement sur l’attrait que chacun possède et que l’autre perçoit. Sous l’influence de l’alcool, le comportement est désinhibé, la communication est facilitée, la parole est libérée. Le désir de séduction s’exacerbe aussi et peut aboutir à une relation éphémère, si une fois à jeun les partenaires s’aperçoivent qu’ils se sont trompés sur le compte de l’autre, d’autant plus que l’alcool a pu altérer la qualité de la relation sexuelle (voir article L’alcool modifie-t-il les performances sexuelles ?). Autant d’ingrédients qui expliquent comment Penny se réveille avec Raj après une soirée trop arrosée dans l’épisode The Roomate Transmogrification de The Big Bang Theory (épisode 24 de la saison 4).

 

Des chercheurs en psychologie sociale ont voulu comprendre comment l’alcool pouvait ainsi induire une telle erreur d’appréciation. L’attirance vers l’autre repose sur de multiples critères qui varient d’une personne à l’autre : présentation, taille, couleur des yeux, comportement, langage, culture, centres d’intérêts etc…. autant de facteurs qu’il est difficile d’analyser objectivement dans un protocole de recherche. Par contre un paramètre relativement facile à étudier est l’attrait que présente un visage. Sur une simple photo, chacun aura une opinion et pourra dire si la personne représentée lui plaît ou non.

Plusieurs équipes ont mesuré l’influence de l’alcool sur l’attrait physique en utilisant cette méthode.

Un travail mené en laboratoire a inclus 103 participants, âgés de 18 à 24 ans. Les visages dont ils devaient évaluer l’attrait étaient d’expression neutre, sans bijoux ni lunettes, le fond de photo étant toujours le même. Ces visages avaient été classés dans une étude préalable en « pas du tout, moyennement ou très » attractif par un panel de témoins non alcoolisés. Les participants recevaient tous une boisson identique en volume, odeur et couleur mais l’une était sans alcool alors que l’autre contenait 0,5 g d’alcool pur par kilo de poids corporel (soit l’équivalent d’environ 3 verres). Quinze minutes après avoir bu, les sujets étaient appelés à noter l’attrait des photos sur une échelle de 0 à 10. Les sujets ayant consommé de l’alcool donnaient un meilleur score aux visages considérés comme « pas du tout ou moyennement attractifs » que ceux ayant consommé le placebo ; l’augmentation était toutefois modérée. Par contre il n’y avait pas de différence entre les groupes pour les visages « très attractifs ».

Une autre étude menée également en laboratoire sur 84 sujets, utilisant une procédure très proche de la précédente, a abouti aux mêmes résultats tout en les analysant plus en détail. Les scores d’attrait étaient modérément plus élevés chez les sujets ayant consommé de l’alcool qu’ils soient garçons ou filles, et quel que soit le sexe du visage présenté.

Le même type de recherche a été mené directement sur le terrain, c’est-à-dire dans des cafés. Les participants étaient des jeunes, garçons ou filles, clients du bar. L’alcoolémie était mesurée dans l’air expiré puis un panel de photos leur était soumis et l’attrait évalué toujours sur une échelle graduée. L’intérêt d’une telle étude est qu’elle se déroule dans un environnement naturel où on peut supposer que la séduction fait partie de l’ambiance. D’autre part, il n’y a pas de restriction de consommation et les taux d’alcoolémie dépassent les limites fixées dans les laboratoires. Les deux recherches récentes ont donné des résultats contradictoires. L’une, réalisée à Bristol en Angleterre, à l’occasion de la fête de la nourriture, portait sur 305 sujets, hommes et femmes, d’âge moyen 30 ans et dont le taux moyen d’alcoolémie était de 0,4g/l ; les résultats n’ont pas mis en évidence d’augmentation des scores d’attrait en fonction de la consommation d’alcool. L’autre, effectuée en Australie dans le pub d’un campus et à l’occasion de fêtes du même campus, a inclus 80 étudiants des deux sexes, d’âge moyen 24 ans. Les alcoolémies relevées étaient plus élevées et les participants ont été répartis en 3 groupes : alcoolémie nulle, moyenne (0,5 g/l) et forte (1,5 g/l). Les scores d’attrait augmentaient en fonction de l’alcoolémie. La différence de résultats entre ces deux études pourrait provenir de plusieurs facteurs comme l’âge ou les circonstances de recueil, les personnes interrogées n’étant pas forcément dans les mêmes dispositions d’esprit. Cela démontre l’intérêt des expériences menées en laboratoire où plus de facteurs peuvent être contrôlés.

Au final, sous l’effet de l’alcool, l’attrait de l’autre est modifié. Aux yeux de celui qui a bu, une personne qui serait estimée peu attirante à jeûn aura une meilleure “cote”. Cela peut faciliter le succès de la drague car cela élargit le choix des personnes estimées séduisantes sans savoir si elles le resteront le lendemain !

Quant aux héros de The Big Bang Theory, on constate un peu plus tard les effets du trou noir alcoolique de Penny et Raj : il ne s’est en fait rien passé entre les deux amis...

Auteur(s): 
Bertrand

Nalpas

MD, PhD, Directeur de recherches - Inserm

MD, PhD
Directeur de recherches
Chargé de mission Addiction
Département Information Scientifique et Communication de l'Inserm

 
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