6 symptômes de sevrage du cannabis et pistes thérapeutiques

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6 symptômes de sevrage du cannabis et pistes thérapeutiques

En bref

À l’arrêt d’une consommation régulière de cannabis, des symptômes apparaissent souvent qui montrent qu’on est addict...

Publié le: 
10/01/2020

Un meilleur sommeil, plus de tonus, de concentration, de mémoire, de performance, voilà les bénéfices procurés par l’arrêt de consommation régulière de cannabis. Mais, avant de profiter de ce regain de vitalité, il faut passer par la phase du sevrage, période pas très agréable mais en général de courte durée.    
En effet, arrêter de fumer du cannabis induit souvent un syndrome de sevrage, signe d’une dépendance au produit. Plusieurs équipes de recherche ont analysé précisément ce syndrome en observant attentivement, pendant des durées allant jusqu’à 1 mois et demi, des sujets ayant volontairement ou non cessé leur consommation de cannabis. L’absence de consommation, déclarée par les sujets étudiés, était contrôlée par des tests mesurant dans les urines la concentration de THC, molécule psychoactive contenue dans le cannabis. La compilation des études menées ces 20 dernières années a permis d’identifier les symptômes typiques du sevrage cannabique qui sont :

  1. irritabilité
  2. nervosité, anxiété
  3. sommeil perturbé
  4. diminution de l’appétit ou perte de poids
  5. humeur dépressive
  6. un des signes physiques suivants : douleur abdominale, tremblement, hypersudation, fièvre, frissons, maux de tête

Selon le DSM, répertoire des pathologies psychiatriques et des troubles liés à l’usage de substances psychoactives, le syndrome de sevrage est avéré s’il existe au moins 3 de ces signes, survenant au cours de la première semaine suivant l’arrêt brutal du cannabis.

Les symptômes surviennent en général dès le premier jour du sevrage, atteignent leur maximum d’intensité entre le 2ème et le 6ème jour, puis diminuent pour disparaître vers la fin de la 2ème semaine.

Les études récentes montrent que 35 à 75% des personnes en demande de soins pour cesser leur consommation (hors hospitalisation) développent un syndrome de sevrage. L’intensité est très variable d’un sujet à l’autre. Elle dépend principalement de la quantité et la durée de consommation de cannabis, de la sévérité de la dépendance, du contexte de l’arrêt, volontaire ou non, de l’existence d’un soutien de l’entourage et/ou d’un support médico-psychologique. 
L’arrêt d’une consommation de cannabis synthétique (spice) peut également être à l’origine d’un syndrome de sevrage, en général plus sévère que celui faisant suite à l’arrêt du THC, car les cannabinoïdes synthétiques se lient plus fortement aux récepteurs CB1 que le THC (voir article Ces produits qui imitent le cannabis : les cannabinoïdes de synthèse).

Le rôle du THC sur les récepteurs CB1

L’utilisation régulière de cannabis est associée à une diminution de la densité des récepteurs CB1  (pour en savoir plus sur les récepteurs CB1 aux endocannabinoïdes (voir article Quand la recherche sur le cannabis fait progresser les neurosciences), signe indicatif de la survenue d’une tolérance ou accoutumance, manière du cerveau de se protéger des effets perturbateurs de la substance. Des travaux menés chez des usagers réguliers de cannabis ont montré que la densité des récepteurs CB1 diminuait en fonction de la durée de consommation. Et plus la densité était faible, plus le syndrome de sevrage était intense. 
Après l’arrêt de la consommation, la densité des récepteurs augmente rapidement pendant les deux premiers jours. Les récepteurs retrouvent un fonctionnement normal au bout de 4 semaines environ. Toutefois les modifications cellulaires et celles de la plasticité synaptique dues à l’usage chronique à long terme de cannabis peuvent persister plus longtemps et participer, par exemple, à la survenue d’épisodes de craving.
Le rôle du THC dans la survenue du syndrome de sevrage de cannabis est démontré par les observations suivantes : 
-  les symptômes surviennent en décalage de la diminution de THC dans le sang ; 
- la survenue de symptômes de sevrage après arrêt du THC ou d’un analogue agoniste comme le nabinol qui se fixe sur le récepteur CB1. Un analogue agoniste est une molécule ayant une structure chimique proche de celle de la substance de référence (ici les endocannabinoïdes) et qui produit des effets identiques ;  
- la levée des symptômes par l’administration de THC ou d’un analogue ; 
- la survenue d’un syndrome de sevrage après arrêt de consommation de cannabis synthétique.

La thérapeutique

Le traitement du sevrage de cannabis s’effectue habituellement en consultations dans des centres de soins spécialisés pour les addictions (CSAPA). En cas de dépendance sévère, de difficultés psychosociales, de pathologie psychiatrique associée, une hospitalisation est indiquée. Elle dure en général 2 à 3 semaines.
La base du traitement est principalement constituée d’un soutien psychothérapeutique, d’une éducation thérapeutique visant à gérer le manque, le craving, et à pouvoir refuser les incitations à fumer. La dimension médicale et psychiatrique consiste en l’évaluation des éventuelles pathologies associées et leur traitement. 
Il n’existe pas à ce jour de médicament commercialisé ayant fait preuve d’efficacité pour réduire le syndrome de sevrage de cannabis, bien que de très nombreux produits aient été testés dans des essais cliniques. Parmi ceux-ci, le lithium, des antidépresseurs, des anti-convulsivants, des anti-psychotiques, des anxiolytiques, des myorelaxants.

Pistes médicamenteuses

Comme les agonistes des récepteurs CB1 modulent l’intensité du sevrage, les pistes actuelles de recherche s’orientent vers leur utilisation thérapeutique. Toutefois le dronabinol (MarinolⓇ) qui est un THC synthétique n’a pas fait preuve d’efficacité et un essai récent du nabiximol (SativexⓇ) n’a pas montré de réduction du syndrome de sevrage ni du craving. Seule une simple tendance de diminution de consommation chez les sujets traités était observée. Les chercheurs se sont alors tournés vers les endocannabinoïdes naturels présents dans le cerveau et spécifiquement l’anandamide. Cette molécule qui est un agoniste de faible intensité du récepteur CB1 est dégradée par une enzyme, la FAAH (fatty acid hydrolase enzyme). L’idée a alors été d’augmenter la concentration cérébrale d’anandamide en diminuant sa dégradation par une molécule bloquant l’activité de la FAAH. Des travaux menés chez l’animal ayant montré une efficacité de cette molécule sur le sevrage de cannabis, un essai clinique a été effectué chez l’homme. 
70 sujets d’âge moyen 28 ans ont été inclus. Ils étaient dépendants au cannabis selon les critères du DSM, fumaient du cannabis depuis au moins 2 ans, avaient fumé au moins 30 joints dans le mois précédant l’étude et n’étaient pas dépendants d’autres substances psychoactives. Leur consommation moyenne de cannabis au moment de l’étude était de 4 joints par jour. 46 ont reçu le traitement et 24 un placebo pendant 4 semaines. 
La sévérité du syndrome de sevrage a été évaluée par un questionnaire validé comportant 15 signes dont les 6 listés plus haut. La sévérité de chaque signe est cotée de 0 (nulle) à 3 (sévère). Le score global est obtenu par addition des valeurs de chaque signe, soit un maximum de 45 points. Toutefois, il n’existe pas à ce jour de barème définissant un score faible, modéré ou sévère. 
Les résultats ont montré que le score de sevrage les premier et deuxième jour d’arrêt était moindre dans le groupe traité (6 points) que dans le groupe placebo (11 points), mais cette différence n’était plus présente les jours suivants. À la fin de l’étude, les sujets traités déclaraient fumer moins de cannabis (moyenne de 0,4 joint/j) que ceux ayant reçu du placebo (moyenne 1,2 joints/j), cette différence étant corroborée par les analyses urinaires. Ces résultats ouvrent une piste intéressante pour une aide médicamenteuse à l’arrêt du cannabis qu’il faudra confirmer par des essais de plus longue durée, l’efficacité comparée à celle du placebo étant modérée.
Au total, le sevrage du cannabis est à l’origine de symptômes qui peuvent être désagréables mais en général de courte durée et d’intensité modérée.
Un soutien psychologique et éducatif permet le plus souvent d’arrêter sans difficulté majeure chez les sujets motivés ayant une dépendance peu sévère.

Auteur(s): 
Bertrand

Nalpas

MD, PhD, Directeur de recherches - Inserm

MD, PhD
Directeur de recherches
Chargé de mission Addiction
Département Information Scientifique et Communication de l'Inserm

 
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