Neurotransmetteurs et substances psychoactives 2

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Neurotransmetteurs et substances psychoactives 2

Décryptage

Un dossier pour comprendre la transmission des informations dans le cerveau et l’impact des drogues sur ce mécanisme. Dans ce 2e chapitre, nous nous intéressons au neurotransmetteur GABA.

Publié le: 
24/07/2020
Rappel : les règles du jeu

CerveauNeuroneLexique

La molécule GABA

La GABA (acide gamma-amino butyrique) est un acide aminé largement présent dans la nature. On en trouve dans le thé vert, le soja, le riz brun, le yaourt… Des essais cliniques ont suggéré que les aliments riches en GABA permettraient de réduire les symptômes de la dépression, des troubles du sommeil et de la perte de mémoire. Toutefois on ne sait pas si le GABA provenant de l’alimentation est capable de franchir la barrière entre le sang et le cerveau et pénétrer dans ce dernier.

Libération de GABA dans la fente synaptiqueDans le cerveau, où il est présent en quantité élevée, il provient de la dégradation du glutamate. Le GABA synthétisé est inclus dans des vésicules puis sous l’impulsion du potentiel d’action, il est libéré dans la fente synaptique pour aller ensuite se lier à son récepteur situé sur la surface post-synaptique.

Le récepteur GABA

Récepteur GABALe récepteur GABA est un récepteur-canal constitué de plusieurs protéines traversant la membrane cellulaire et formant un canal permettant le passage d’ions. A l’état basal, le canal est fermé.

Blocage du potentiel d'actionL'ouverture du canal suite à la fixation du neurotransmetteur permet à un ion chargé négativement (ion chlorure Cl-) d’entrer dans le neurone post-synaptique. L’excès de charges négatives dans ce neurone empêche la production d’un potentiel d’action. 
La propagation du signal venant de l’amont est arrêtée : le récepteur GABA est inhibiteur. 
Le GABA est surtout utilisé comme neurotransmetteur par les interneurones, c’est-à-dire des neurones faisant des ponts entre des centaines d’autres neurones. Par leur propriété inhibitrice ils contrôlent et synchronisent les potentiels d’action des neurones sur lesquels ils sont branchés, ce qui est essentiel pour l’intégration des informations et l’apprentissage. Ils représentent entre 10 et 20% de l’ensemble des neurones du cerveau.
Paradoxalement, dans certains cas, le GABA peut devenir excitateur :  lorsqu’un interneurone GABA est connecté à un autre interneurone GABA, ce dernier voit son activité réduite.Les neurones auxquels il est lui-même connecté ne sont alors plus contrôlés et laissent ainsi passer les potentiels d’action sans retenue. C’est comme en mathématique, moins par moins égale plus.

Action des drogues

La plupart des substances psychoactives agissent sur les récepteurs GABA
L’alcool agit directement sur les récepteurs GABA et augmente les effets inhibiteurs. Les conséquences comportementales principales sont la sédation et la relaxation.

Augmentation des effets inhibiteurs par l'alcoolEn cas d’usage régulier d’alcool, le nombre de récepteurs GABA diminue, ce qui explique en partie la tolérance, c’est-à-dire que les effets sur le comportement sont moins marqués (voir article Tolérance et addiction). 

Les opiacés quant à eux ont un effet inverse : ils réduisent les effets inhibiteurs. En effet, en se fixant sur les récepteurs opioïdes de type µ ils entraînent une diminution de libération de GABA dans la synapse.
Réduction des effets inhibiteurs par les opiacés

Pour le cannabis, on observe le même phénomène. La liaison du THC au récepteur CB1 va diminuer la libération de GABA dans la synapse

Réduction des effets inhibiteurs par le cannabisLa nicotine quant à elle augmente la libération de GABA en se fixant au récepteur acétylcholine sur le neurone en amont mais ce mécanisme n’est pas encore bien identifié. 
La cocaïne en revanche n’a pas d’action sur les récepteurs GABA

Auteur(s): 
Jean-Antoine

Girault

MD, PhD, Directeur de recherches Inserm

Jean-Antoine Girault, MD, PhD, Directeur de recherches Inserm, Institut du Fer à Moulin, UMR-S1270 INSERM et Sorbonne Université

Bertrand

Nalpas

MD, PhD, Directeur de recherche émérite - Inserm

MD, PhD
Directeur de recherche émérite
Département Information Scientifique et Communication de l'Inserm

Mathilde

Luxey

Illustratrice scientifique, ancienne étudiante à l’École Estienne

Mathilde Luxey est directrice artistique, graphiste et illustratrice scientifique.

C'est une ancienne étudiante du DSAA Design d’Illustration Scientifique de l’École Estienne.

Son site : https://www.mathildeluxey.fr/

 
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